Le don de conseil

De Salve Regina.

Les vertus
Auteur : M-D Poinsenet
Source : Extrait du livre Les sept voiles de mon bateau, éd. DDB

Difficulté de lecture : ♦ Facile

« Attention ! » crie Jean. Un petit Jean, un grand saint que l’Église appellera St Jean Bosco…


Leste comme un écureuil, il saute sur la corde lisse qu’il a tendue très raide entre deux arbres du pré, à côté de la maisonnette de sa mère. Toute sa figure ronde à l’air de rire. Ses yeux bruns pétillent de malice. Ses cheveux noirs, frisés, voltigent sous les coups de vent.


Sur la corde tendue où il tient parfaitement en équilibre, le garçon se trémousse, saute, voltige, danse. Autour de lui, on fait cercle : enfants et… grandes personnes. C’est à qui sera le mieux placé pour voir – sans perdre un seul de ses mouvements – ce petit acrobate de dix ans.


Le voici maintenant qui dans la prairie marche sur les mains, fait la roue, le poirier. Il jongle avec des œufs qu’il a l’air de mul­tiplier. Il s’élance vers les spectateurs et cueille, au bout de leur nez… une pièce de monnaie. Il coiffe de son chapeau de feutre une baguette bien droite qu’il a coupée, hier, à quelque haie voisine. Les têtes se tendent pour mieux voir : c’est que baguette et chapeau exécutent, à présent, la plus cocasse des danses. De son coude, Jean les envoie sur son épaule, sur son menton, sur son nez, sur sa tête, et les rat­trape au bout de son petit doigt.


Les applaudissements éclatent : « Bravo ! Jeannot. Bravo ! Tu es merveilleux ! »


L’air décidé, le gamin se place alors bien en face de ses admira­teurs. Son petit visage est devenu sérieux sans cesser d’être épanoui. Gravement, il trace sur lui un beau signe de croix, et commence à redire le sermon de Monsieur le Curé qu’il a écouté attentivement ce matin, à la grand-messe. Jean a une mémoire prodigieuse, et si le sermon n’est pas redit en entier, on peut être sûr du moins, qu’au­cune erreur ne se sera glissée dans le discours de l’enfant. Ensuite il faudra que tous ces gens récitent avec lui un chapelet. C’est le prix de la place.


Car les tours d’acrobate du petit garçon n’avaient pas d’autre but, finalement, que de retenir tous ces gens, et de lui permettre, à lui, petit paysan qui sait tout juste lire, de leur parler un peu de Dieu et de leur faire prier Notre-Dame.


C’est que, depuis l’âge de neuf ans, Jean sait qu’il sera prêtre un jour, et qu’il devra surtout s’occuper des petits enfants. En fait, sa maman n’a pas d’argent pour payer son séminaire. Son papa est mort. Il ne sait vraiment pas comment cela pourra se faire. Il faudra sans doute qu’il attende très longtemps. Mais il n’a pas besoin d’at­tendre en tout cas, pour parler de Dieu à tous ceux de son village. C’est pour cela que le dimanche après-midi, il fait des tours d’acro­batie.


Comment cependant un petit garçon de dix ans aurait-il trouvé tout seul cette idée-là ? Évidemment, c’est le Saint-Esprit qui lui a dicté ce moyen merveilleux de réunir autour de lui ses camarades et leurs parents.


Par le don de Conseil, justement, l’Esprit-Saint nous montre, tout au fond de notre âme, quels sont les meilleurs moyens que nous devons prendre pour arriver à notre but, c’est-à-dire au Ciel. Même quand notre intelligence, même quand la vertu de prudence ne sont pas suffisantes pour nous montrer le chemin qu’il faut prendre, juste à tel moment, le don de Conseil nous l’indique, à condition, que notre voile soit largement ouverte.



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