Le troisième Dimanche après Pâques

De Salve Regina.

Les temps liturgiques
Auteur : Pius Parsch

Difficulté de lecture : ♦ Facile

Sommaire

Transition

Le temps pascal, dans son contenu, peut se diviser en deux parties. La première partie regarde en arrière et est traversée par ces trois thèmes : la Résurrection, le Baptême, l'Eucharistie; elle se termine avec la deuxième semaine après l'octave de Pâques. Vient ensuite la seconde partie qui prépare à l'Ascension du Seigneur et à l'envoi du Saint-Esprit. Les deux nouveaux thèmes sont : Ascension et Saint-Esprit. Le Christ se dispose à fonder son royaume sur la terre et ce royaume devait être un royaume spirituel. C'est pourquoi le Christ devait quitter la terre et transporter son siège dans le ciel. Les siens ne devaient pas s'attacher à sa personnalité terrestre, ils devaient être spirituels, spiritualisés ; c'est pourquoi il envoie le Saint Esprit, le Paraclet, qui tient sa place. Il sera désormais le " guide ", le consolateur des fidèles. Spiritualisation, voilà quelle est la grande ligne qui mène de Pâques à la Pentecôte et qui atteint son plus haut point à la Pentecôte. L'Église veut désormais nous faire passer, de plus en plus, de la joie du temps pascal à la vie de combat qui nous attend dans la réalité. Les néophytes et nous, nous nous sommes approchés tout près du Seigneur dans ses grands mystères, nous avons touché les plaies du Seigneur. Mais à peine huit jours s'étaient écoulés que l'Église enlevait déjà aux néophytes leurs habits blancs afin qu'ils ne s'attachent pas à l'extérieur. Elle veut aussi nous détacher de l'extérieur et du symbole. Tout cela n'est qu'un moyen pour arriver au but. Elle veut nous conduire vers ce qui est intérieur et spirituel. C'est ce but que poursuivront désormais les messes du dimanche. Tous les Évangiles sont empruntés au magnifique discours d'adieu après la Cène. Dans ces adieux, le Christ voulait consoler les Apôtres du départ de leur Maître, ancrer leur cœur auprès de lui dans le ciel et les rendre capables de supporter la souffrance sur la terre. L'Église applique ces passages au temps qui suit Pâques. Nous aussi, nous devons nous résigner à ne plus sentir le voisinage du Seigneur. C'est pourquoi l'Église nous montre le ciel (IIIe dimanche); et si elle nous conduit dans le monde hostile (Ive dimanche), par contre, elle nous promet le Saint-Esprit comme consolateur. Enfin, la célébration fréquente de l'Eucharistie doit nous donner en abondance l'Esprit du Christ.

Samedi soir. Le samedi soir appartient déjà au dimanche. C'est pourquoi nous chantons d'ordinaire une antienne de Magnificat tirée de l'Évangile du lendemain. Ainsi, nous chantons aujourd'hui: "Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur; et encore un peu de temps et vous me reverrez, car je vais vers mon Père, Alleluia, Alleluia, Alleluia " (Ant. Magn.).

Troisième dimanche après Pâques

Il y a déjà trois semaines d'écoulées depuis le saint Jour de Pâques. La Résurrection du Seigneur occupait toutes les pensées de notre Mère l'Église. Dans la première semaine de Pâques, elle nous mettait chaque jour sous les yeux une des apparitions du Christ ressuscité. Le dimanche blanc, nous avons vu le Seigneur avec Thomas et il nous a été permis de mettre nos doigts dans ses plaies glorifiées. Le deuxième dimanche, nous nous sommes réunis comme des brebis fidèles autour du Bon Pasteur qui, à Pâques, nous avait rassemblés alors que nous étions errants, et qui, maintenant, nous conduit dans les riches pâturages de ses saints mystères. Jusqu'ici, l'Église était tout oreilles, tout yeux et tout cœur pour le Ressuscité. A partir d'aujourd'hui, elle regarde vers l'avenir, vers un double avenir, l'avenir du Christ et notre propre avenir. Aujourd'hui, pour la première fois, l'Église nous prépare à l'Ascension du Seigneur. Le Christ dit expressément dans l'Évangile d'aujourd'hui : "Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, car je vais vers mon Père. " Mais nous ne devons pas croire que l'Église, à la pensée du départ du Christ, va devenir mélancolique et triste. Non; la jubilation pascale ne diminue pas, elle augmente plutôt. Voyons l'antienne de l'Introït : " Tressaillez de joie en Dieu, nations de partout, Alleluia, Alleluia; célébrez son nom, Alleluia; chantez la magnificence de sa gloire, Alleluia, Alleluia. " L'Église n'est donc pas triste à la pensée du départ du Seigneur, comme l'étaient les Apôtres dans l'Évangile d'aujourd'hui. Elle aime voir le Seigneur monter au ciel, car elle-même ne se sent pas chez elle sur la terre. Le ciel est sa patrie et elle soupire après le jour où elle suivra son Époux dans le ciel. Ceci nous amène à parler du second avenir auquel nous prépare l'Église, notre propre avenir. Jusqu'ici, nous fêtions Pâques. Nous nous sentions pour ainsi dire au ciel. Volontiers nous aurions dit comme saint Pierre : " Il fait bon ici, dressons-y nos tentes! " Nous allions oublier que nous sommes encore sur la terre. L'Église nous ramène aux âpres réalités de la vie quotidienne. Elle ne nous les peint pas en rose; elle ne nous présente pas un Eden où ne fleurissent que des roses sans épines. Elle le dit clairement aux nouveaux chrétiens comme à nous : la vie chrétienne est une vie dure, difficile, une vie remplie de souffrances, de combats, d'épreuves; la vie chrétienne est un pèlerinage vers la patrie céleste.


La messe : Jubilate

Nous pourrions donner à cette messe le titre suivant: Le chrétien est un étranger sur la terre. Commençons par l'explication de l'Épître de saint Pierre : " Mes très chers, je vous en avertis, abstenez-vous, comme des étrangers et des pèlerins, des désirs charnels qui luttent contre l'âme. " Nous devons donc être des étrangers et des pèlerins sur la terre. Pour mieux nous faire comprendre, recourons à une parabole : Un père avait deux fils. Quand ils furent grands, il les envoya voyager à l'étranger. Ils devaient s'y instruire et revenir ensuite à la maison.

L'un des deux fils s'en va, se plaît à l'étranger, oublie la patrie et s'adonne au jeu et à la boisson. L'étranger devient sa patrie. Le second s'en va, lui aussi. L'amour de la patrie l'accompagne; il travaille avec ardeur pour s'instruire comme il faut. Les jeunes filles de l'étranger essaient de l'attirer, mais il ne fait pas attention à elles, car il a sa fiancée au pays. Il ne charge pas son sac de voyage et, dès qu'il le peut, il s'en retourne, léger, vers sa patrie. Il souffre souvent de la nostalgie. Quand il reçoit une lettre de son père, sa nostalgie augmente encore. Il écrit souvent lui-même à la maison. De temps en temps, son père lui envoie un pain de la maison, qu'il mange de grand appétit et qui le soutient dans son voyage. Il revient enfin heureusement dans sa patrie. Voilà la parabole. Donnons-en maintenant l'explication. Dieu envoie les hommes sur la terre, qui est pour nous l'exil. Notre patrie, c'est le ciel; notre Père, c'est Dieu. Une partie des hommes se trouvent si bien sur la terre qu'ils oublient le ciel. Leur cœur est attaché aux biens et aux occupations de la terre; ils n'ont pas le moindre désir de la patrie céleste. Quand leur Père leur envoie une lettre (c'est-à-dire la prédication, la Sainte Écriture, l'Évangile, qui est la parole de Dieu, une lettre de Dieu), ils se bouchent les oreilles et ne veulent pas entendre. Ce sont les enfants du monde. Une autre partie des hommes marche avec amour et espérance vers Dieu et vers le ciel, à travers l'exil de la vie terrestre. Ils se sentent pèlerins et étrangers. Ils vivent sans doute parmi les hommes, remplissent leurs devoirs et leurs tâches, mais leur cœur est dans la patrie. Ils se soumettent aux lois et aux coutumes du pays, s'efforcent de vivre en bons termes avec tous, mais ils se sentent étrangers sur la terre. C'est pourquoi les gens avec qui ils vivent ne les voient pas d'un bon œil; on les traite de rêveurs chimériques. Ils ne s'alourdissent pas de biens terrestres; ils passent avec un léger bagage à travers le monde (c'est la pauvreté spirituelle). Ils se réjouissent quand ils reçoivent une lettre de leur Père céleste (c'est-à-dire : ils lisent et entendent volontiers la parole de Dieu). Ils écrivent volontiers au paradis (par la prière). Le Père céleste leur a donné un pain du ciel (la sainte Eucharistie); ils sont heureux d'en manger quand le chemin est rude et pénible. Ce pain leur donne de nouvelles forces et les garde des séductions de l'étranger. - Nous comprenons maintenant l'Épître; elle nous donne les règles de voyage pour notre pèlerinage e terrestre. Pour conclure, saint Pierre résume l'attitude que nous devons avoir en quatre phrases courtes : " Honorez tout le monde, aimez vos frères, ayez du respect pour Dieu, honorez le roi. "

A cette Épître du voyage convient très bien l'Évangile du petit délai. Cette péricope est tirée du discours d'adieu du Seigneur après la Cène. De ce discours, l'Église aime faire les adieux du Seigneur avant l'Ascension. Quand nous entendons cet Évangile, nous devons dire : voici les adieux du Seigneur au moment où il nous quitte. Mais que veut nous dire l'Église, à nous? Dans notre vie, il y a aussi deux délais, et les choses se passent pour nous exactement comme pour les disciples. " Un peu de temps et vous ne me verrez pas. " ("est la vie terrestre, pendant laquelle nous ne voyons pas le Seigneur. C'est le temps de l'exil terrestre, et il en va pour nous comme pour les Apôtres : " Vous gémirez et vous pleurerez; quant au monde, il se réjouira. " La vie terrestre ne présente guère aux enfants de Dieu que des larmes et du chagrin; ils rencontrent bien des peines sur la terre. Pour les mauvais, ils vivent dans la joie et la volupté; ils se rient de nous. Mais cela même est pour nous une consolation. La vie terrestre ne dure qu' " un peu de temps ". Bientôt viendra le second délai : " vous me verrez de nouveau "; " quand je vous reverrai, votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne pourra vous l'enlever. " Quand nous serons morts, le Sauveur glorifié paraîtra devant nous. Alors toute souffrance sera oubliée, alors ce sera la joie éternelle. -Cette idée du petit délai est chère à la chrétienté; elle s'applique tour à tour au Seigneur et aux disciples; elle exerce sur tous les cœurs un véritable charme. L'oraison, elle aussi, est une prière de voyage : " O Dieu, tu montres à ceux qui errent la lumière de ta vérité, afin qu'ils puissent revenir sur la voie de la vérité. " L'oraison suppose que nous errons sur la terre, que nous avons besoin d'un guide et, pour ainsi dire, d'une étoile, comme les Mages, de la lumière de la vérité (et non de la lumière trompeuse des joies mondaines).



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