Les bases fondamentales du scoutisme

De Salve Regina.

Esprit scout
Auteur : Pierre Delsuc, Pierre de Montjamont, Henri Dhavernas, Michel Menu
Date de publication originale : Juin 1967

Difficulté de lecture : ♦ Facile
Remarque particulière : Cette brochure a été publié au moment de la "crise" du scoutisme et de sa "mutation" après la Pentecôte 1964, par quatre des chefs brevetés les plus réputés de l'époque.

Sommaire

Les bases fondamentales du scoutisme

Avant-propos

Depuis quelques années, beaucoup d’innovations hardies ont été faites en France dans le Scoutisme. Leur intérêt n’est pas contestable, mais certains sont inquiets de ce nouveau visage et se demandent si les pédagogies proposées s’accordent encore avec la méthode essentielle du Scoutisme.

Certes le monde évolue et la jeunesse actuelle n’a plus les mêmes goûts ni le même mode de vie qu’à l’époque où le Scoutisme fut fondé. Mais on peut mettre à jour bien des activités sans pour cela changer la méthode, si cette méthode est considérée comme toujours valable.

Or précisément, ce qui fait la valeur universelle du Scoutisme, c’est que son fondateur, Baden-Powell, a su discerner, entre toutes les contingences, les données fondamentales de la nature du garçon. D’où le succès de sa méthode, quelles que soient les circonstances de temps ou de lieu.

Ayant eu le privilège d’étudier à sa source cette méthode, puis ayant été officiellement accrédités pour l’enseigner en France, nous nous sommes réunis pour tenter de dégager ce qui est vraiment essentiel et permanent dans la méthode scoute, tout en esquissant une évolution possible de certaines activités.

D’où cette brochure, qui n’a d’autre but que de rappeler la doctrine de base du Scoutisme telle que Baden-Powell l’a conçue et que les fondateurs catholiques français l’ont adaptée à notre pays.


Pierre DELSUC

Pierre de MONTJAMONT

Henry DHAVERNAS

Michel MENU

D. C. C. brevetés de Gilwell[1],

Anciens Mestres de Camp de Chamarande.


Introduction : définition générale

1. Le Scoutisme est une méthode d’éducation chrétienne et civique des jeunes par le respect de la Loi Scoute, l’emploi du Système des Patrouilles, et la pratique du jeu et de la vie dans la nature. Cette méthode se considère, aux côtés de l’école, comme complémentaire de la famille, responsable de l’enfant au premier chef. Elle est cependant complète, en ce sens qu’elle veut éduquer l’homme entier, corps, esprit et âme et qu’elle attache une importance essentielle, non seulement à la formation personnelle, mais à la formation de l’homme social et du futur citoyen. Elle est enfin active, car elle incite le jeune à prendre en charge sa propre éducation dans un cadre approprié à ses besoins et à ses forces.

2. Le Scoutisme croit au destin personnel et surnaturel de chaque homme et à sa vocation communautaire. Il refuse en conséquence toute conception philosophique ou sociale qui sacrifie la personne à la société. D’inspiration chrétienne, il a été fortement marqué par les fondateurs français catholiques d’une spiritualité rayonnante qui apparaît dès le premier principe : « Le Scout est fier de sa Foi et lui soumet toute sa vie. » Cependant, le Scoutisme distingue le temporel du spirituel sans les confondre ni les séparer : les Chefs Scouts sont des laïcs auxquels les parents des jeunes ont délégué une part de leur autorité. Ces Chefs se réfèrent aux droits et devoirs des laïcs dans la société où ils rendent au pouvoir spirituel comme au pouvoir temporel ce que leur doit tout baptisé et tout citoyen. Ces notions sont clairement exprimées par les deux autres principes : « Le Scout est fils de France et bon citoyen » ; « Le devoir du Scout commence à la maison ».

3. La Loi Scoute comprend une série de préceptes positifs et définit le Scout comme étant fidèle à sa parole, pur, loyal, obéissant, fraternel, courtois et chevaleresque, aimant dans la nature l’œuvre de Dieu, aimant son prochain et toujours prêt à le servir. Elle est le pilier central de la méthode, et toute altération de la Loi doit être considérée comme une déviation de la finalité du Scoutisme. Après une période probatoire, le jeune Scout s’engage par la Promesse, acte personnel et libre, à observer la Loi.

4. Le système des Patrouilles met en œuvre le principe de l’éducation active du garçon par le garçon. Une Patrouille est une équipe indissociable de 7 à 8 garçons sous la conduite de l’un d’eux, le Chef de Patrouille, plus expérimenté et généralement plus âgé. Les Chefs de Patrouille, personnellement responsables de leurs garçons, sont associés au Scoutmestre pour partager les responsabilités de la Troupe. A l’intérieur de la Patrouille, chaque Scout prend des responsabilités personnelles et précises, selon ses aptitudes et ses goûts. Plusieurs Patrouilles constituent une Troupe, dirigée par un Scoutmestre assisté d’un Aumônier. Le gouvernement d’une Troupe se fait au moyen d’une Cour d’Honneur et d’un Conseil des Chefs. La première a pour objet de s’assurer que la Troupe dans son ensemble, et chaque Scout en particulier, progressent bien dans la ligne de l’idéal scout. Le second organise la vie et les activités de la Troupe.

5. Le jeu et la vie dans la nature sont essentiels au Scoutisme. Le jeu est l’activité instinctive du garçon. Exercé en plein air, il améliore sa santé, lui enseigne la discipline et l’esprit d’équipe, accroît l’acuité de ses sens, développe ses facultés d’observation, rétablit son équilibre nerveux, exerce sa capacité de décision. La vie dans la nature est d’abord compréhension de l’œuvre de Dieu, mais aussi, par le Camp, école d’énergie, de dépouillement, de savoir-faire, d’entraide fraternelle. C’est au Camp que la vie scoute trouve sa plénitude.

6. Les principes et méthodes du Scoutisme tendent vers cinq buts, définis par les fondateurs : Santé, Caractère, Service, Habileté technique, Sens de Dieu. Si les quatre premiers visent à former un homme physiquement robuste, au caractère bien trempé, voué au service des autres et techniquement capable, le dernier, la recherche du Dieu vivant, est le but suprême de la formation scoute.

7. Le Scoutisme comprend trois branches : Louveteaux, Éclaireurs, Routiers. Cette articulation, imaginée par Baden-Powell, correspond à trois étapes naturelles de l’évolution du garçon, aussi bien sur le plan physiologique que sur le plan psychologique. D’une branche à l’autre, il y a continuité du Scoutisme dans ses principes, ses méthodes et ses buts, chaque branche n’étant qu’une adaptation des activités scoutes à l’étape considérée, enfance, adolescence, entrée dans la vie d’homme.


I. La branche « Eclaireurs »

1. Définition

La Branche « Éclaireurs » est la branche maîtresse du Scoutisme. Le Louvetisme la prépare. La Route la continue. Les principes, buts et méthodes du Scoutisme, conçus initialement pour la Branche « Éclaireurs », y trouvent leur parfaite expression.

Son objet essentiel est la formation de l’adolescent, pris au sortir de l’enfance et conduit à l’entrée de sa vie d’homme. Cette période est caractérisée par la crise de croissance continue que traverse le garçon pendant 4 à 5 ans, c’est-à-dire, suivant son degré de précocité, de 11-12 à 16-17 ans. L’âge central de la Branche « Éclaireurs » se situe donc vers quatorze ans. L’unité de la Branche réside précisément dans son adaptation à cette crise, et dans les moyens mis en œuvre pour aider le garçon à en sortir, non seulement sans mal, mais grandi et fortifié physiquement, mentalement et spirituellement.

Se mettant à la portée du garçon, recherchant ce qui l’intéresse, utilisant les puissants ressorts que sont à cet âge le besoin de s’affirmer, le goût de l’aventure, la volonté instinctive de se grouper pour jouer et agir, le désir de vivre d’avance son avenir d’homme, la Branche propose au garçon une société à sa mesure, des buts accessibles, une méthode appropriée et des activités selon ses goûts.

II. Les structures

Cette société se distingue de la « bande de copains » en ce qu’elle est structurée, qu’elle a la Loi Scoute pour règle, et qu’elle est reliée au monde des hommes par un meneur de jeu adulte, le Scoutmestre.

1. La Patrouille

La Patrouille comprend 7 à 8 garçons, généralement d’âge différent, éventuellement de divers milieux, à l’image véritable de la société. Elle constitue une sorte de famille où les frères ont des goûts et des qualifications diverses. Chacun assume une « charge » en fonction de son âge et de ses aptitudes. Les plus âgés aident les plus jeunes. Un jeune garçon entre normalement à la Troupe à partir de 12 ans. Vers 16-17 ans le Scout quitte la Troupe pour le Clan. Des exceptions sont possibles selon le degré de maturité du garçon. Un début d’année scolaire est généralement le meilleur moment de la montée à la Troupe. La Patrouille est l’unité de jeu, de camp, de vie scoute. La composition doit rester aussi stable que. possible, sauf raisons majeures.

2. Le Chef de Patrouille

Le Chef de Patrouille est personnellement responsable de chacun de ses garçons et de la bonne marche de la Patrouille. Sans être forcément le plus âgé, il est celui dont la compétence, l’autorité, le rayonnement S’imposent naturellement. Il est nommé et investi dans ses fonctions par le Scoutmestre, après avis de la Cour d’Honneur. Il est normal qu’il exerce ses fonctions pendant un an au minimum. Pendant cette période, une large autonomie lui est accordée. Il exerce ses responsabilités à deux niveaux : au niveau de la Patrouille, par le Conseil de Patrouille, au niveau de la Troupe, par la Cour d’Honrieur et le Conseil des Chefs. Il est assisté par un second.

3. Le Conseil de Patrouille

Le Conseil de Patrouille est composé de tous les Scouts de la Patrouille sous la direction du Chef de Patrouille. Il se réunit pour examiner comment atteindre, à l’échelon de la Patrouille, les objectifs fixés en Cour d’Honneur ou au Conseil des Chefs, pour faire le point des réalisations en cours, pour répartir les tâches en vue d’un jeu, d’une sortie ou d’un camp, ou pour proposer des initiatives concernant la vie de la Troupe. C’est au Conseil de Patrouille que les Scouts rendent compté des « charges permanentes » qu’ils ont accepté de remplir. En même temps, le Conseil est l’occasion d’une entraide fraternelle pour stimuler les volontés et, éventuellement, redresser les déficiences.

4. Le Scoutmestre

Le Scoutmestre, maître en scoutisme, est d’abord un Scout accompli. Non seulement il est le meilleur campeur de la Troupe, mais il est la Loi Scoute en action. Frère de la même promesse, du même uniforme, il est aussi le chef qui, par son expérience, organise et fait réussir les projets enthousiastes, mais parfois irréfléchis, de ses garçons. Formé dans un Camp-École, poursuivant sa formation personnelle à la « Route », ayant toujours le soin de maintenir un équilibre harmonieux entre les cinq buts du Scoutisme, il « pense » la vie de sa Troupe et se fixe un plan à long terme. Cherchant plus à inspirer qu’à imposer, il gouverne la Troupe par la Cour d’Honneur et le Conseil des Chefs. Il est aidé dans ses fonctions par un ou plusieurs assistants.

5. L’Aumônier

L’Aumônier est d’abord l’âme de la maîtrise, donnant tout son sens à l’apostolat des laïcs. Commentateur de la Loi, il aide le Scoutmestre à en être le gardien, sans toutefois se substituer à lui dans le commandement de la Troupe. Il est le témoin du Christ qui, par lui, est présent au camp. Prêtre, il enseigne la Troupe sur le plan religieux, et guide chacun de ses membres dans sa montée spirituelle. Éducateur, il participe de plein droit à la Cour d’Honneur et au Conseil des Chefs.

6. La Cour d’Honneur

La Cour d’Honneur a pour objet de s’assurer que la Troupe dans son ensemble et chaque Scout en particulier progressent bien dans la ligne de l’idéal scout. Sous la résidence du Scoutmestre, elle est composée de L’Aumômer, des Assistants et des Chefs de Patrouille. Elle peut s’adjoindre les seconds et les Scouts de 1ère classe. Elle fixe les grands objectifs à atteindre et les directives à suivre par la Troupe, dans les domaines de la vie spirituelle, de l’esprit scout, des activités générales. Elle fait le point de la valeur de la Troupe et, éventuellement, examine le cas de tel ou tel garçon.

7. Le Conseil des Chefs

Le Conseil des Chefs composé du Scoutmestre, de l’Aumônier, des Assistants et des Chefs de Patrouille, a pour objet d’organiser la vie de la Troupe et ses activités au jour le jour, en vue de réaliser par tranches les objectifs généraux fixés en Cour d’Honneur. Il est notamment responsable des programmes de sortie et de camp, et de la répartition des tâches entre les Patrouilles.

III. Les buts

Fidèle à l’esprit du Scoutisme, la Branche « Éclaireurs » admet l’évolution, non de la nature profonde, mais des goûts du garçon de notre époque. En conséquence, elle s’attache à renouveler les activités générales proposées au garçon, sans cesser de les vouloir éducatives ni de se référer aux cinq buts du Scoutisme : Santé, Caractère, Service, Habileté technique, Sens de Dieu.

Si les modèles des premiers Scouts, chevaliers, explorateurs, missionnaires, sont toujours des modèles stimulants et valables, on doit constater que les techniques modernes, ainsi que les sports en vogue exercent un puissant attrait sur la jeunesse actuelle. Mais ces techniques ne sauraient constituer une fin en soi : elles contribuent, à leur place, à développer les aptitudes fondamentales indispensables à l’homme de demain.

1. Santé

Les concentrations urbaines énormes, la compétition scolaire ardue, l’incohérence de la vie quotidienne atteignent l’adolescent en pleine croissance et l’empêchent souvent de parvenir à maturité, malgré l’expansion considérable des loisirs et des sports.

Plus que par la recherche de la performance, la santé sera développée à la fois par la détente au grand air, la pratique d’habitudes saines, les parcours sportifs et les sports d’équipe, le tout constituant un entraînement physique varié mais modéré qui ne doit jamais entraîner de fatigue excessive.

2. Caractère

Le développement de la prospérité, la recherche intéressée du confort intellectuel et moral, l’influence grandissante des moyens de publicité et de propagande conduisent de plus en plus au conformisme, voire à la passivité et à l’inertie.

Les activités scoutes auront pour but de développer le sens de l’observation, l’analyse objective des faits, le jugement personnel, la volonté de regarder les difficultés en face et la capacité de les surmonter. Les jeux d’équipe, les camps, le contrôle personnel de sa progression, l’exercice des responsabilités, la pratique intelligente et ouverte des différents conseils, l’initiation à l’information sont de nature à former le caractère du garçon et à développer sa personnalité.

3. Service

Inquiète de son avenir, doutant d’elle-même, la jeunesse actuelle tend à se réfugier dans une sorte d’égoïsme sacré, cependant qu’un vent de solidarité souffle sur le monde, qui sent que les hommes doivent s’unir ou périr ensemble. Le développement du sens des autres est plus que jamais nécessaire pour faire passer le message évangélique de charité et de paix.

Les activités devront aider le garçon à découvrir son prochain, à l’aimer et à le servir en actes, à s’orienter vers un métier au service de l’homme. La pratique de la B.A. remise en honneur, les exercices de secourisme, l’initiation professionnelle, la fraternité scoute internationale, l’ouverture des esprits au civisme incitent le garçon à sortir de son égoïsme et à s’engager, lorsqu’il entrera à la Route, dans la voie du Service.

4. Habileté technique

Dans un monde hautement industrialisé où des progrès scientifiques et techniques fabuleux se réalisent chaque jour, et sont portés à la connaissance directe de tous, la jeunesse se sent emportée, avec un certain vertige, vers un avenir où tout lui semble possible.

Il est certain que l’homme d’aujourd’hui, a fortiori celui de demain, ne pourra réussir dans la vie sans avoir une qualification technique. Mais la Branche « Éclaireurs » n’est pas une école professionnelle. Elle veut seulement faire acquérir aux garçons quelques techniques simples, variées, d’application pratique réelle, peu onéreuses, sans cependant en faire des techniciens enfermés dans leur spécialité. C’est ainsi que les techniques éprouvées du camp et de la nature sont complétées par des techniques appropriées (travail du bois, des métaux et des matériaux nouveaux, électricité, technique auto ou radio, modélisme…), de manière à donner au garçon une certaine polyvalence. On recherchera plutôt le travail bien fait que l’efficacité à tout prix, subordonnant toujours la technique à la finalité scoute.

Ces travaux, exécutés en patrouille, au camp comme en ville, et accompagnés éventuellement de visites d’ateliers et d’usines, développeront le sens du concret, l’adresse manuelle, la continuité dans l’effort, le goût du travail en équipe, mais viseront aussi à ouvrir l’esprit du garçon aux problèmes de la vie professionnelle, et finalement à lui faciliter son adaptation ultérieure à la vie d’adulte.

5. Sens de Dieu

L’envahissement du matérialisme conduit à une déchristianisation dont souffrent de plus en plus d’hommes, ayant perdu tout sens de Dieu, et vivant dans l’indifférence ou le désespoir. A l’âge Éclaireur où la transformation physiologique s’accompagne souvent d’une remise en question des valeurs religieuses, il importe que le garçon fasse la découverte personnelle du Christ. La Branche l’y aidera, d’abord en favorisant au camp les instants de silence, en développant le sens du sacré et l’esprit de contemplation, en faisant comprendre l’œuvre de Dieu, en vivant une vie religieuse appropriée à cet âge. Ce sera le rôle de l’Aumônier, mais aussi et surtout. en son absence, de tous les Chefs.

IV. Méthode

Le Système des Patrouilles, innovation géniale de Baden-Powell, est la méthode fondamentale de la Branche « Éclaireurs ». Prenant pour moteur l’intérêt, l’action, la responsabilité, elle associe intimement l’éducation personnelle et l’éducation communautaire et « met les jeunes en condition de prendre en mains eux-mêmes leur propre formation » (B. P.).

Chaque Scout, dans la Patrouille, a une responsabilité par laquelle il se forme ; il participe aussi, au sein du Conseil de Patrouille, à la bonne marche de la Patrouille.

Chaque Chef de Patrouille, responsable de sa Patrouille, est aussi membre actif du Conseil des Chefs et de la Cour d’Honneur, et participe ainsi à la vie de la Troupe.

Le Scoutmestre, responsable de la Troupe, Chef de l’équipe des Chefs de Patrouille prend ses décisions après les avoir réunis, fait ses suggestions et tenu compte de leurs avis. Ainsi, l’intérêt de chacun étant connu et sauvegardé, les responsabilités étant exercées à tous les échelons, l’action et la réflexion se soutenant mutuellement, la formation des plus jeunes allant de pair avec celle des aînés, la Troupe peut se lancer avec joie et profit dans les activités propres à la Branche.

V. Activités

1. Le Camp

Le Camp est l’activité majeure de la Branche « Éclaireurs ». C’est au Camp que la vie scoute et le Système des Patrouilles trouvent leur plein accomplissement. Aussi le camp d’été doit-il être le couronnement de toutes. les activités de l’année. Préparé minutieusement et longtemps à l’avance, il comporte en général un camp fixe initial, quelques jours de camp volant et un camp fixe terminal. Horaires et programmes sont établis de manière à soutenir l’intérêt du garçon sans le fatiguer. Des variantes sont toujours préparées, notamment pour le temps de pluie. La beauté du cadre est recherchée au même titre que son côté pratique.

C’est le Camp qui rythme la vie de la troupe. L’étape « Éclaireurs » se parcourt ainsi généralement en quatre ans, c’est-à-dire en principe en 4 camps d’été précédés de 4 camps de Pâques et de 4 camps de Noël. Ces camps sont eux-mêmes préparés par des sorties de Troupe et de Patrouille.

2. Le Jeu

Le propos de Baden-Powell : « Le Scoutisme est un jeu plein d’entrain » s’applique sans réserve à la Branche « Éclaireurs ». Mais il n’y a pas de jeu sans règle. Tant vaut la règle, tant vaut le feu. La Loi Scoute, qui est une loi de vie, est aussi la loi générale de tout jeu, complétée par des règles particulières. Et c’est l’adhésion librement consentie aux règles du jeu et à la Loi qui les informe, qui a valeur éducative. Ce qui n’empêche pas les jeux « éclaireurs » d’être « pleins d’entrain ».

La Patrouille, unité de Camp, est aussi unité de jeu. Son fonctionnement est déjà en lui-même un jeu. Ses activités lui seront proposées le plus souvent possible sous forme de jeu, que ce soient des concours sportifs, des réalisations techniques ou sociales, ou simplement des amusements de détente. Un trophée, de quelque nature qu’il soit, temporaire ou permanent, peut récompenser la meilleure Patrouille, mettant ainsi une émulation entre les Patrouilles, sans développer pour autant un esprit de compétition ou de rivalité, le « fair play » rejoignant l’esprit scout pour accepter le succès sans orgueil et l’échec sans amertume.

Les thèmes de jeu seront choisis avec soin. On évitera les affabulations excessives ou infantiles qui ne « prennent » plus ou font sourire les garçons. Bien souvent on oublie que le jeu en lui-même, avec ses buts, ses règles, ses risques, les techniques mises en œuvre et le cadre où il se développe comporte un attrait qu’il suffit d’habiller d’un thème imaginaire sommaire axé sur les centres d’intérêt actuels des garçons.

Le jeu sous toutes ses formes, s’il est bien monté et bien conduit, justement adapté à l’âge éclaireur, est à la fois occasion de détente, source de joie et moyen d’éducation.

3. Les épreuves de classe et les badges

Les épreuves de classe jalonnent la progression du Scout depuis son entrée à la Troupe jusqu’à sa montée au Clan.

Les épreuves d’aspirant comprennent les connaissances de base nécessaires à un garçon pour suivre avec profit les activités de la Troupe. Elles sont le test de sa volonté de vivre en Scout. Elles aboutissent à la Promesse, faite devant toute la Troupe, au bout de trois à six mois de présence.

Les épreuves de seconde classe correspondent à l’acquisition d’une autonomie personnelle dans la vie scoute capacité technique de jouer un rôle utile au camp ou dans un jeu, aptitude à tenir une charge avec sérieux, sens de sa responsabilité propre dans sa progression individuelle. Les épreuves de 1ère Classe correspondent au niveau du Scout expérimenté, possédant à fond l’art de bien camper, vivant pleinement son Scoutisme et capable d’aider les plus jeunes à se perfectionner.

Les badges sont des épreuves de spécialité permettant à un Scout de développer ses aptitudes et ses goûts dans un certain nombre de domaines techniques. Plutôt que la dispersion ou la gloriole, le Scout sera incité à développer et approfondir ses dons naturels en vue du service. Épreuves et badges sont conçus et réalisés non dans un esprit scolaire, mais comme un moyen d’atteindre, à travers l’acquisition de valeurs concrètes, et compte tenu de la nature du garçon et de ses goûts, les cinq buts définis plus haut.

VI. Conclusions

La Branche « Éclaireurs » est la formule originale du Scoutisme. Elle en demeure le centre. Son succès, aujourd’hui comme hier, réside dans le respect de ses structures et de son fonctionnement, inséparables de la méthode, ainsi que dans l’équilibre dynamique entre les goûts toujours neufs des garçons et la maturité d’une maîtrise adulte qui ne perd jamais de vue les buts à atteindre.


II. LA BRANCHE « LOUVETISME »

I. Définition

La Branche « Louvetisme » est à la fois la branche cadette du Scoutisme, contenant en germe et préparant les deux autres, et « un système complet en lui-même » (Vera Barclay) parfaitement adapté à l’enfance. Le nom de « Louvetisme » vient du Livre de la jungle, de Kipling, qui fut choisi par Baden-Powell comme thème et fondement de la Branche.

Le Louveteau peut entrer à la Meute à partir de 7 ou 8 ans selon sa précocité, et y reste jusqu’à 11 ou 12 ans. Il monte alors à la Troupe. L’âge moyen du Louveteau se situe donc autour de 10 ans.

Pendant cette période, les enfants, quel que soit leur milieu, ont des caractéristiques communes beaucoup plus nettement définies que lors des périodes ultérieures. D’abord le jeu est pour eux « la véritable affaire de la vie » (Vera Barclay) et tout ce qui n’est pas jeu au sens où ils l’entendent est dépourvu d’intérêt. De plus, ils ont une grande puissance d’imagination, une vive faculté de sympathie ou d’antipathie, beaucoup d’individualisme, et une activité incessante qui se traduit par le besoin de changer très souvent d’occupation. Enfin, ils ont ce « délicieux je ne sais quoi qu’on pourrait appeler l’esprit d’enfance » (Vera Barclay), fait de fraîcheur, de spontanéité, de générosité et de confiance.

Pour réussir auprès d’eux, toute méthode d’éducation doit tenir compte avant tout de ce qui est essentiel à l’enfance. C’est ce qu’a fait le Louvetisme « en se plaçant simplement au point de vue des enfants » (Vera Barclay), et, partant de là, en instituant des structures, méthodes et activités appropriées.

II. Structures

1. La Sizaine

Une Sizaine se compose de cinq Louveteaux et d’un Sizenier. Elle préfigure la Patrouille d’Éclaireurs, plaçant d’emblée le Louveteau dans un cadre qui lui sera déjà familier lorsqu’il montera à la Troupe. Mais elle a une autonomie beaucoup plus limitée, suffisante cependant pour permettre au Chef de Meute de diriger les activités de la Meute avec le maximum d’ordre et d’efficacité.

2. Le Sizenier

Le Sizenier est un garçon qui a mieux compris que les autres l’idéal contenu dans le Louvetisme, qui a fait ses preuves comme bon Louveteau et qui est doué d’une personnalité capable de s’imposer à ses camarades. Il est alors capable de démultiplier l’action du Chef de Meute, dans les limites fixées par ce dernier, au cours des jeux, des exercices et du camp. Il peut aussi l’aider par son jugement et son intuition, à mieux connaître les Louveteaux et à prévoir leurs réactions aux diverses activités envisagées. Il est assisté par un « second de sizaine ».

3. La Meute

La Meute comprend un certain nombre de Sizaines. Le total des garçons ne doit pas en principe dépasser 24, ce nombre étant le maximum dont un chef puisse s’occuper individuellement. Normalement la Meute est associée à une Troupe où elle envoie ses grands Louveteaux lorsqu’ils ont atteint l’âge d’être Éclaireurs.

La caractéristique d’une Meute est d’être une « famille heureuse » (Vera Barclay). L’enfant a un besoin fondamental d’être aimé, compris et de vivre dans la paix et l’harmonie. La Meute lui offre ce climat privilégié (qu’il trouve aussi dans sa famille, mais pas toujours) fait de l’affection de son Chef de Meute, de la saine camaraderie de ses frères Louveteaux, et d’activités joyeuses et ordonnées. C’est pourquoi la Meute est unité de vie et ne se dissocie qu’exceptionnellement.

4. Le Chef de Meute

Le Chef de Meute est généralement une jeune fille, appelée Cheftaine[2], ou Akela pour ses Louveteaux, ayant suivi les stages ou camps-écoles requis. Mais plus encore que des connaissances acquises, il lui faut, pour réussir, aimer et comprendre les enfants, et avoir conservé ou retrouvé son « esprit d’enfance ». Ce qui ne veut pas dire que le Chef de Meute dirige son unité au petit bonheur, suivant la fantaisie du moment.

Au contraire, les réunions et sorties sont préparées avec d’autant plus de soin que le besoin de changement des Louveteaux peut entraîner plus d’imprévu. Plusieurs variantes sont ainsi envisagées, afin de ne jamais rester à court d’idées. Les réunions et sorties préparées en « Conseil d’Akela » (petit conseil qui groupe Akela et ses Assistants) se placent généralement dans un programme trimestriel, établi en liaison avec la Troupe, et qui comporte normalement des sorties et fêtes communes.

5. L’Aumônier

Bien que la plupart des Louveteaux soient à l’âge du catéchisme, le rôle de l’Aumônier de Meute n’en est pas moins important.

Développant sur le plan spirituel tous les aspects de cet esprit d’enfance qui est un des meilleurs chemins vers le Père, il s’efforce de donner à ses Louveteaux « une foi inébranlable dans la bonté et la tendresse de Dieu » pour ses enfants. En outre, tout en préparant ceux qui le désirent à être des servants de Messe accomplis, il leur fait comprendre le sens de la liturgie et la signification profonde du saint sacrifice. Enfin, il vient passer un ou plusieurs jours au camp, selon ses possibilités, et y célèbre la Messe, objet d’une préparation soignée et d’une participation active de toute la Meute.

6. Le Conseil de Meute et le Rocher du Conseil

Le Conseil de Meute réunit tous les Louveteaux autour du Chef de Meute pour permettre à celui-ci de donner ses instructions dans le silence et l’attention de tous, ou encore pour discuter de certains projets courants intéressant toute la Meute.

Dans les circonstances plus solennelles, la Meute se rassemble autour du « Rocher du Conseil ». A l’appel du Chef de Meute, tous les Louveteaux accourent et se forment en cercle, suivant un cérémonial déterminé, autour du rocher (le plus souvent symbolique) où se trouve le Chef de Meute. Ce genre de rassemblement se fait à l’occasion d’une cérémonie, Promesse, remise d’étoiles, investiture de Sizenier… ou pour marquer l’importance d’une décision ou d’un événement.

III. Buts

Les cinq buts du Scoutisme sont ceux de la Branche « Louvetisme », mais adaptés aux possibilités de l’enfant. Le Louveteau s’engage par la Promesse à faire « de son mieux ». La Loi des Louveteaux l’appelle à être un garçon propre, attentif, serviable, gai et vrai, demain un Scout.

1. Santé

L’âge du Louveteau est celui où se prennent les bonnes habitudes qui donnent la santé. On lui apprend d’abord à être propre, à faire sa toilette à grande eau, à aimer l’air frais, à bien respirer. Puis on l’initie à l’éducation physique par des exercices développant la souplesse, la précision et la coordination des mouvements. Enfin, tous les jeux de plein air, individuels ou collectifs, lui donnent l’épanouissement physique nécessaire pour compenser sa vie confinée d’écolier et lui assurer une croissance harmonieuse.

2. Caractère

Pris dans l’ambiance « famille heureuse » de la Meute, le Louveteau est tout naturellement entraîné à « ne pas s’écouter lui-même » et à vaincre son individualisme naturel pour que « la Meute réussisse et soit la joie de tous ceux qui en font partie » (Vera Barclay). La Loi et les maximes de la Meute comme les règles des jeux et la discipline du camp modèlent sa personnalité naissante et lui font concrètement sentir que le bonheur ne réside ni dans le plaisir égoïste, ni dans l’agitation sans frein, mais dans une activité joyeuse, ordonnée vers un but commun.

La responsabilité exercée par le Sizenier, bien que limitée, est notamment une très bonne formation de son caractère.

3. Service

« Jamais un enfant n’est si heureux que lorsqu’il est tout occupé à rendre un service à quelqu’un » (Vera Barclay). Mais il aime trouver lui-même ce qui fera plaisir, et mettre dans la manière une note gaie, souvent marquée d’humour et de fantaisie. C’est ainsi qu’il aimera faire la surprise à ses parents de tel ou tel petit travail réalisé en secret. Le Chef de Meute aide son imagination par des suggestions, le laissant libre d’agir, tout en lui rappelant que, le jour de sa Promesse, il a promis de rendre chaque jour un service à quelqu’un.

4. Habileté manuelle

Les activités manuelles plaisent aux enfants : Ils aiment dessiner, peindre, faire des constructions, fabriquer des jouets, travailler le bois, etc. Ces activités répondent aussi à leur besoin d’agir comme les hommes, tout au moins de « faire semblant ». Cependant, le Travail sera présenté de telle manière qu’il paraisse à l’enfant aussi passionnant qu’un jeu.

Les multiples petits travaux, exécutés pour une Fête, ou pour décorer la tanière, sont à la fois des moyens d’expression, permettant à l’enfant de s’affirmer, et des facteurs de joie ; joie très pure d’avoir créé quelque chose. En même temps, ils développent la patience, la persévérance et la maîtrise de soi.

5. Sens de Dieu

L’enfant est particulièrement sensible au surnaturel ordinairement ; il n’a pas à l’égard des grands mystères de la foi nos objections d’adultes. Chefs de Meute et Aumôniers s’inspirent de la spiritualité de Saint François, Patron des Louveteaux, pour leur donner le sens du mystère et de la beauté de la création, l’amour des créatures, même des plus humbles, et le respect du caractère sacré et du symbolisme des choses. A cet égard, les célébrations mimées de scènes de l’Évangile ou de la vie de Saint François, ou les cérémonies pré-liturgiques accompagnées de lectures et de chants ont une grande puissance d’évocation et développent le sens de Dieu.

IV. Méthode

1. Le symbolisme du Livre de la Jungle

Les enfants ont toujours eu le goût des histoires même les plus agités font silence et se tiennent tranquilles lorsqu’une belle histoire leur est bien contée. C’est que les histoires répondent à leur imagination et à leur sens du merveilleux, surtout si elles leur font voir le monde comme « plein de choses à faire, à voir, à expérimenter, à aimer » (Vera Barclay).

C’est pourquoi Baden-Powell a pris le Livre de la Jungle et particulièrement l’histoire de Mowgli comme fondement et méthode du Louvetisme. En effet, cette histoire où Akela, le vieux Loup, tient le rôle principal et où Mowgli, le « petit d’homme » apprend à vivre au milieu des hôtes de la Jungle, est pleine de leçons sages qui « parlent » très vivement à l’imagination des enfants.

Mais beaucoup d’autres contes les passionnent aussi, tout en portant en eux-mêmes leur morale (que l’on se gardera d’exposer sentencieusement), à condition d’être vivement enlevés et de se dérouler devant leurs esprits comme un film devant leurs yeux.

2. L’obéissance active

« En faisant de l’obéissance le fondement même du Louvetisme, Baden-Powell a construit sur le roc » (Vera Barclay). L’individualisme des enfants les porte en effet à agir chacun pour soi, et à se rebeller contre toute contrainte. En prenant pour image l’obéissance du jeune loup au vieux loup qui lui apprend les secrets de la jungle, Baden-Powell la fait admettre aux garçons comme la leçon première de la vie. Aussi, suivant cette image, la Loi de la Meute affirme « Le Louveteau écoute le vieux Loup ». Il s’agit donc, non pas d’une obéissance imposée comme une contrainte arbitraire, mais reconnue comme une nécessité bienfaisante dans les contes comme dans la vie réelle du Louveteau.

3. Le système des Sizaines

Préfiguration du système des Patrouilles, le système des Sizaines consiste à associer les Sizeniers à la bonne marche de la Meute et à la formation des Louveteaux.

Pour cela le Chef de Meute réunit périodiquement (environ une fois par mois) ses Sizeniers en Conseil des Sizeniers pour les mettre au courant des programmes de meute et leur demander leur avis sur certains points ou certains garçons. Bien souvent, ils ont une connaissance instinctive de ce qui pourra plaire ou réussir, ce qui sera très précieux pour le Chef de Meute.

De plus, ce conseil est une excellente occasion de leur apprendre à juger une situation et à se décider ensemble. Enfin, on peut être sûr qu’une décision ainsi prise sera exécutée avec beaucoup plus d’enthousiasme que si elle était imposée.

D’autre part, étant à peu près du même âge que leurs Louveteaux, les Sizeniers ont l’intuition de leurs désirs, de leurs mobiles, de leur capacité en bien ou en mal. Orientée dans un sens éducatif, cette intuition accroît l’influence des Sizeniers tout en les initiant aux responsabilités.

V. Activités

1. Le Jeu

Pour l’enfant, vivre c’est jouer. Le jeu n’est donc pas pour lui une distraction ou une activité secondaire, mais l’expression constante d’un instinct. Il est « plein de rires, de luttes, d’appétits, d’audaces, sinon il est anormal » (B. P.). Il a besoin de crier, de courir, de faire du bruit tout en s’imaginant être soldat, marin, gendarme… ou gangster. Cependant les jeux d’enfants laissés à eux-mêmes, tournent vite à l’anarchie, parfois aux disputes.

C’est pourquoi tout l’art du chef de Meute est de considérer le jeu avec les yeux de ses Louveteaux, en y apportant, comme allant de soi, les règles qui le feront réussir, donc le rendront plus amusant. Si bien que lorsque les Louveteaux préfèrent jouer avec leur Cheftaine plutôt qu’entre eux seuls, qu’ils jouent bien et franc jeu, on peut être certain que les jeux pratiqués répondent à leur double but : amuser et former le caractère.

Naturellement, le Chef de Meute doit avoir dans son sac une très grande variété de jeux, afin de ne jamais pousser un jeu jusqu’à satiété, mais au contraire, savoir interrompre au bon moment pour faire se succéder les activités diverses selon un rythme vivant.

2. Le Camp

Le Camp de Meute se différencie nettement du Camp de Troupe. D’abord, il est exceptionnel et non habituel en général, une seule fois dans l’année[3] pendant l’été.

En outre, il est plus court : de 3 à 8 jours seulement. Enfin, il a toujours lieu dans une propriété privée, à proximité d’un cantonnement pour la pluie et à moins de cent cinquante kilomètres de distance. La maîtrise doit toujours comporter au moins deux Cheftaines, trois s’il y a 18 Louveteaux, quatre si le nombre est supérieur.

Ces prescriptions sont le fruit de l’expérience. Elles tiennent compte des difficultés inhérentes à un camp de Louveteaux, dont la vigueur physique ne permet pas d’assumer tous les travaux d’un camp, et qu’un séjour prolongé au camp peut lasser ou fatiguer.

Or le Camp de Louveteaux doit être vécu dans la joie et l’enthousiasme, l’enchantement de jouer et de vivre l’histoire de Mowgli en pleine nature. Le Camp est toujours préparé avec soin, et un programme, à la fois précis et souple, est établi en Conseil d’Akela. Bien mené, il est à la fois le sommet de l’année et le meilleur tremplin pour l’année suivante.

3. Les étoiles et les brevets

La progression des Louveteaux au cours de leur séjour à la Meute est marquée par certaines épreuves simples et des brevets de spécialité.

D’abord « Patte tendre » le garçon devient Louveteau lorsqu’il fait sa promesse. Il peut normalement la faire au bout de six mois et porte alors l’insigne de béret.

Il peut ensuite acquérir une « première étoile » qui correspond à la capacité de suivre avec profit les activités de la Meute. Enfin, avec sa « deuxième étoile », le garçon devient un Louveteau accompli qui a « les yeux et les oreilles ouverts ».

Les brevets louveteaux sont des spécialités simples et correspondant aux goûts de cet âge : ils sont répartis en quatre groupes : intelligence, habileté manuelle, service, autrui, aptitudes physiques.

VI. Conclusions

La Branche « Louvetisme », partant d’une connaissance directe de l’enfant, et regardant la vie avec ses yeux, lui présente, dans le cadre imagé du livre de la jungle, un ensemble cohérent de jeux et d’activités où il peut s’épanouir et s’améliorer au sein d’une « famille heureuse ». Cependant, bien que formant un tout, la Branche n’est pas fermée sur elle-même, et débouche normalement sur la Troupe, dont elle est la meilleure préparation.


III. LA BRANCHE « ROUTE »

I. Définition

La Branche « Route » est la continuation de la Branche « Éclaireurs ». Prenant le jeune homme encore adolescent, elle veut l’aider à devenir un adulte capable de « mener lui-même sa barque » (B.P.), conscient de ses devoirs, voué à servir.

Montant de la Troupe ou venant de l’extérieur à 16-I7 ans, suivant sa maturité, le Routier quitte normalement le Clan[4] vers 20 ans, au moment de son service militaire[5]. L’âge central de la Branche se situe donc aux alentours de 18 ans.

Cette période est caractérisée chez le jeune homme, d’un côté par le sentiment très vif de devenir un « homme », capable d’agir seul, voire de s’opposer à ceux qui prétendraient freiner ses désirs, et d’un autre côté, par une certaine inquiétude devant l’inconnu que représente encore pour la plupart la société des adultes : vie conjugale, sociale, professionnelle.

Adaptant à l’âge adulte les cinq buts du Scoutisme, la Branche propose aux jeunes gens des structures, méthodes et activités les amenant à prendre conscience de leurs responsabilités d’homme, à les assumer dans un esprit de service et à transposer principes et Loi Scoute en règle de vie.

II. Structures

Voulant aider le jeune homme à « mener sa vie », la Branche « Route » le place progressivement dans un cadre « adulte », où chacun peut à la fois développer sa personnalité et participer en équipe à un travail commun action et réflexion.

1. L’Équipe

La Patrouille scoute était unité de jeu et de camp ; l’équipe de Routiers est d’abord unité de travail et de service. Une équipe de jeunes Routiers[6] est en général nombreuse : 7 à 8, mène une vie d’équipe intense et consacre une partie importante de son temps à la formation de ses membres, sous la direction de la maîtrise. Une équipe de Routiers aînés[7] peut être plus réduite : 5 à 6, et agit dans une grande autonomie pour assurer les services choisis : services communs ou services individuels, sans pour cela négliger de poursuivre le perfectionnement de ses membres. Dans les deux cas, l’équipe est constituée en groupe organisé, c’est-à-dire pourvue d’un chef.

2. Le Chef d’équipe

Le chef d’une équipe de jeunes Routiers est toujours un aîné qui a déjà l’expérience du Service et de la vie d’un Clan ; parfois même un assistant. Son rôle est double d’une part, faire pratiquer à son, équipe des activités de formation générale - physiques, intellectuelles, techniques -, et des entreprises particulières ; d’autre part, guider chaque Routier dans sa formation personnelle en vue d’un service défini conforme à ses aptitudes et à ses goûts.

Le chef d’une équipe de Compagnons Routiers a pour tâche de diriger les entreprises ou services communs choisis par l’équipe, de contrôler et coordonner les services individuels, et d’assurer au sein de l’équipe l’ambiance d’amitié virile où les Routiers aimeront venir confronter leurs expériences et se retremper en vue des actions futures.

3. Le Clan

La composition d’un Clan doit être conçue avec une grande souplesse ; généralement un Clan est issu de deux Troupes au minimum.

Mais le recrutement peut être élargi, en dehors de ces Troupes, à des jeunes gens de divers milieux environnant le Clan. Le rayonnement du Clan peut même s’étendre aux villes et villages voisins où des équipes peuvent être créées même s’il n’y a pas de troupes préexistantes. Ainsi un Clan se compose au minimum, d’une équipe de jeunes Routiers et d’une équipe de Compagnons Routiers et peut atteindre au maximum une quarantaine de Routiers répartis en 4 ou 6 équipes et plusieurs localités.

4. Le Chef de Clan

La mission du Chef de Clan est de préparer ses Routiers à leur vie d’homme, dans toute sa plénitude et sa finalité chrétienne. Il doit donc être lui-même un homme engagé dans la vie, c’est-à-dire ayant un métier, exerçant des responsabilités sociales ou civiques, et de préférence marié.

Laissant à ses chefs d’équipe une grande liberté d’action dans le cadre des objectifs décidés en Conseil de Clan, il intervient cependant dans le choix des Services, dans les étapes à parcourir par chaque Routier jusqu’à son Départ, et, aussi souvent qu’il le peut, dans les discussions, chapitres ou cercles d’étude de ses équipes sur les sujets les plus importants. Il est normalement aidé par un assistant.

Il est de son devoir de diriger personnellement au moins le grand camp d’été, qui rassemble tous les Routiers du Clan.

5. L’Aumônier

Comme à la Troupe, la mission de l’Aumônier, prêtre et éducateur, est essentielle à la vie du Clan. Plus particulièrement, il fait découvrir aux Routiers ce qu’est une foi adulte et comment la Loi Scoute prend tout son sens à l’âge d’homme. Sa participation est indispensable à toute réunion d’équipe sur des sujets ayant des implications religieuses, ainsi qu’au grand camp d’été.

6. Le Conseil de Clan

Le Conseil de Clan, composé du Chef de Clan, de l’Aumônier, des Assistants, des chefs d’équipe et de tous les Routiers, a pour but de faire le point des résultats individuels et collectifs obtenus au cours d’une période donnée, et de fixer les objectifs à atteindre pour la période suivante. Il doit couvrir un temps assez long, trimestre, voire semestre, et demande une préparation minutieuse, qui peut être faite par le Conseil restreint, c’est-à-dire le Chef de Clan et ses chefs d’équipe, dont les réunions sont plus fréquentes.

III. BUTS

La Route prend les cinq buts du Scoutisme dans leur plénitude. Préparé par le Louvetisme, orienté par la « Branche Éclaireurs », le jeune homme achève à la Route sa formation jusqu’à l’épanouissement complet de sa personnalité.

Robuste et techniquement capable, il est aussi un homme de caractère, voué au Service, et soutenu par une forte spiritualité. Il peut affronter la vie.

1. Santé

La vie urbaine imposée à la plupart des hommes constitue un facteur d’usure physique et nerveuse contre laquelle beaucoup ne réagissent pas ou luttent par des moyens artificiels. En affirmant qu’un corps robuste et docile est la condition ordinaire de toute action, la Route veut donner au jeune la fierté de son corps, considéré non pas comme un dieu mais comme le tabernacle de l’Esprit.

L’entraînement physique et sportif constitue donc une part importante des activités du Clan, en vue d’accroître la résistance à la fatigue et aux intempéries, la maîtrise de soi, le goût du risque, la rapidité des réflexes.

En dehors des camps et raids qui développent l’endurance, on recherchera la pratique des sports qui répondent à ces objectifs tels que : judo, voile, parachutisme, vol à voile, canoë, spéléologie, escalade, natation, plongée sous-marine, etc. Le choix sera déterminé par le goût des jeunes gens et les circonstances locales, notamment les possibilités d’entente avec un club sportif.

2. Caractère

Notre époque est caractérisée par la multiplicité et la partialité des informations. L’homme moderne est l’enjeu des propagandes et de la publicité. Faute de lucidité et de volonté, il risque d’être entraîné dans les pires compromissions.

L’un des traits particuliers du Scoutisme est d’avoir mis l’accent sur la formation du caractère. La Route prend ce but à son compte dans sa pleine acception ; elle veut former des hommes capables de fixer librement leurs choix et ayant le courage de s’y tenir.

La maîtrise de soi, fruit d’un développement physique harmonieux, le sens des autres, développé par le Service, la compétence, résultat de l’habileté technique, tendent déjà à un certain équilibre des facultés.

Mais la formation du caractère à l’âge adulte nécessite en outre une information précise et objective sur les grands problèmes de la vie conjugale, sociale, professionnelle et civique leur discussion dans la lumière de l’enseignement de l’Eglise, et l’entraînement de la volonté par une certaine ascèse personnelle.

3. Service

Si elle s’en tenait aux buts précédents, la formation donnée par la Route resterait individualiste et ne se distinguerait guère des courants du monde actuel où l’affirmation de soi équivaut souvent en fait à égoïsme et volonté de puissance.

Or l’individu ne trouve sa plénitude que dans une tâche qui l’amène à se dépasser ; le Scoutisme souhaite donc voir ses hommes participer largement à la vie du pays, en se mettant de manière désintéressée au service des communautés de vie : famille, ateliers, paroisses, entreprises, cités, etc.

Toute la formation et toutes les activités des Routiers trouvent ainsi leur raison d’être et leur convergence dans le but qui est la devise même de la Route : « SERVIR ».

4. Habileté technique

Mais pour « servir », la bonne volonté ne suffit pas. Dans un monde en pleine transformation technique, seules les compétences reconnues auront le droit et la possibilité de se faire entendre.

La Route, tout en incitant ses membres à développer leur valeur professionnelle dans le métier qu’ils ont choisi ou vont choisir, leur offre la possibilité d’acquérir des techniques utilisables dans les services auxquels ils ont décidé de se consacrer.

C’est ainsi que, par son expérience, le Chef de Clan se fait un devoir d’aider ses Routiers dans leur vie professionnelle, en les éclairant, les guidant et au besoin leur procurant les appuis nécessaires. En outre, en fonction des services choisis, il les oriente vers des techniques telles que secourisme, liturgie, chant choral, groupes d’expression, travail du bois et du fer, encadrement de jeunes, enseignement de l’éducation physique et des sports…

5. Sens de Dieu

Dans le matérialisme ambiant qui nous cerne de toutes parts, seule une foi éclairée et vivante permet de garder le sens de Dieu, qui donne une valeur surnaturelle à nos actes.

Au cours de réunions d’équipe, les Routiers, avec l’aide de l’Aumônier, approfondissent les bases de leur foi afin d’affermir leurs croyances et d’être en mesure, non seulement de les défendre mais de les faire rayonner dans un esprit missionnaire.

De plus, un Routier confère à sa vie un style qui lui est propre et le mène à pratiquer un christianisme de plein air, ouvert et fraternel, viril et pur, sensible à la beauté et à la grandeur, tout empreint d’une spiritualité de la Route, spiritualité qui a trouvé et trouve toujours sa source dans les grands pèlerinages de chrétienté : Lieux saints, Rome, Lourdes, Chartres, Le Puy, etc.

IV. Méthode

1. La vie d’équipe

La vie d’équipe est la transposition à l’âge routier de la vie de patrouille. L’homme n’est pas fait pour vivre seul, mais au sein de communautés, depuis la plus intime, la famille, jusqu’aux plus vastes, nation, continent, chrétienté.

Dans la vie d’équipe, le Routier trouve à la fois un climat d’amitié, un milieu d’action et un enrichissement. C’est au sein de l’équipe qu’il sent le réconfort d’amis francs et loyaux, ayant le même idéal que lui. Mais cette amitié n’est pas repliée sur elle-même, elle est tournée vers le but à atteindre en commun. Et de cet effort de dépassement naît un enrichissement qui profite à chacun.

Aussi tout sera-t-il fait pour resserrer les liens de l’équipe, lui permettre de développer son « esprit d’équipe » par des actions autonomes et d’accroître ainsi son patrimoine moral.

2. Le Service

Le Service, but primordial de la Route, est aussi méthode. « C’est par le Service et par l’étude que ce Service exige de lui que le Routier achève sa formation » écrivait Édouard de Macédo, Fondateur de la Route SDF.

Il est bien certain qu’il n’y a pas de Service valable sans étude préalable du milieu dans lequel il s’exerce. Par cette étude, le Routier découvre des données psychologiques et sociologiques qui élargissent ses horizons. Par la pratique même du Service, les techniques qu’il nécessite, les responsabilités qu’il implique, le Routier développe son sens des autres, accroît son efficacité et affirme sa personnalité. Le Service est donc éminemment formateur.

3. Les Étapes

Mais le risque serait grand de laisser un jeune Routier se lancer dans un Service dès son arrivée au Clan ; aussi la vie du Routier se déroule-t-elle en deux étapes constituant une progression au terme de laquelle a lieu, normalement, une prise de conscience et un engagement : le « Départ Routier ».

a) L’année de Jeune Route. C’est une année de transition entre le scoutisme d’adolescent et le scoutisme d’adulte. Faisant encore très large la part du jeu et de l’aventure, notamment grâce à de nombreux camps volants en toutes saisons, elle donne cependant une importance croissante aux réunions et discussions d’équipe, afin d’éveiller les personnalités, et prépare les jeunes Routiers à leur futur Service par des visites et études concrètes, ainsi que par la participation occasionnelle au Service des Compagnons Routiers.

b) Les années de Service. Alors que l’activité du jeune Routier se déroule entièrement au sein de l’équipe, celle du Compagnon Routier se développe en partie au sein de l’équipe, en partie au dehors. En effet, après l’année de Jeune Route, le Routier choisit son service définitif qui peut être soit individuel, soit collectif. Le Service prend alors une part importante de ses loisirs mais n’exclut pas les réunions de l’équipe qui, pour être plus rares, n’en ont que plus de valeur. Soirées d’étude ou de discussion chez l’un ou l’autre, sorties sportives, camps de week-end sont alors l’occasion d’une féconde mise en commun des expériences faites, des difficultés rencontrées, des résultats obtenus, dans un climat de vérité et de joyeuse amitié.

c) Le Départ Routier. Le Départ Routier représente l’engagement du Routier « à mener lui-même sa vie », en chrétien résolu et voué à « servir ».

Étant donné son caractère personnel, le « Départ Routier » résulte d’un libre choix que tous ne sont pas tenus de faire. Il a lieu lorsque le Routier a pris pleine conscience de l’idéal de la Route, et décidé d’en faire l’idéal de sa vie. Aucune limite de temps n’est pour cela imposée : un Routier peut prendre le « Départ » au cours de ses années de service ou au moment de quitter le Clan, ou même postérieurement à son service militaire ; comme il peut ne jamais s’y décider.

Le Départ est toujours l’objet d’un cérémonial approprie.

V. Activités

1. Le Camp routier

Pour être Routier, on n’en demeure pas moins Scout, et le Camp, activité majeure de la Branche « Éclaireurs », est aussi une des activités premières de la Branche « Route ». Mais le Camp prend alors une dimension nouvelle.

Pour les Jeunes Routiers, le camp de week-end est d’abord confirmation des techniques scoutes « classiques », mais très vite il est orienté sur le « Raid », où l’esprit d’aventure peut se donner libre cours tout en mettant volonté et endurance à l’épreuve, et vers « l’exploration régionale » à la fois ouverture d’esprit et prélude au Service.

Pour les Compagnons Routiers, déjà très pris par leurs occupations professionnelles et leur Service, le camp de week-end durant les trimestres d’hiver est surtout l’occasion de se retrouver au calme et de se maintenir en forme.

Mais pour tous, regroupés au sein du Clan, le camp d’été doit être la grande aventure. Sous la direction du Chef de Clan, il est l’occasion, soit de découvrir des aspects grandioses ou peu connus de certaines régions, soit de s’entraîner à la mer ou à la haute montagne, soit de connaître des pays étrangers et de rencontrer leur jeunesse.

2. L’Entreprise

« L’Entreprise » est une action collective et temporaire, correspondant au « Jeu » de l’âge Éclaireur, mais qui répond au désir des jeunes d’âge routier d’agir concrètement et efficacement comme des hommes ; ce qui implique la notion de travail bien fait.

Une Entreprise d’équipe ou de Clan suppose donc une préparation, avec tableau de répartition des tâches, calendrier, financement, etc., une réalisation poussée avec la volonté d’aboutir, une conclusion tirée en commun.

Le plus souvent, l’Entreprise nécessitera la participation de « conseillers techniques » extérieurs au Clan. Ce sera le rôle du Chef de Clan de s’assurer le concours des architectes, ingénieurs ou forestiers indispensables.

Parmi les Entreprises, la réalisation d’un Noël routier ou d’une mission pascale vient certes au premier plan ; mais aussi la réfection d’un site historique ou touristique, l’aide aux travaux agricoles d’un village, l’aménagement d’une maison forestière ou d’un refuge de montagne, l’équipement et la décoration d’une maison de jeunes, l’organisation d’une vente de charité, l’animation d’une fête d’enfants, etc.

Pour certaines de ces Entreprises, la participation de groupes extérieurs, jeunes gens et jeunes filles, guides aînées, cheftaines ou étudiantes peut être l’occasion de rencontres fructueuses, qui se renouvelleront éventuellement lors de réunions, discussions ou groupes d’études en commun.

3. Le Service

« Le Routier ne se borne pas à se préparer au Service, il le pratique sous la forme de son choix » (Baden-Powell). Ce choix s’effectue à l’issue de l’année de jeune Route pendant laquelle il a été soigneusement préparé. C’est au chef d’équipe et au chef de Clan d’aider le Routier à faire ce choix en fonction de ses goûts, de ses aptitudes et de son temps disponible. La plupart des Services auront ainsi été passés en revue au cours de l’année, avec la participation de spécialistes ou de Routiers déjà engagés dans un service donné.

Le Service Routier doit être attrayant, formateur et efficace. Trois options s’offrent au routier

- Service du Scoutisme. La tâche privilégiée du Routier est le service de ses frères scouts au sein du Mouvement. Alors, après avoir suivi un Camp-École préparatoire, le Routier devient chef scout dans une unité, mais il continue à vivre avec la Route où il poursuit son perfectionnement personnel et son ouverture au monde des adultes.

Il peut également mettre sa compétence et sa générosité au service des divers échelons du Mouvement, secrétariat des groupes, des Districts, des Provinces, encadrement des Camps-Écoles…

- Service d’apostolat. Le Routier entre alors dans le cadre général de l’apostolat des laïcs : aide au clergé paroissial (catéchisme, chant choral, liturgie, œuvres paroissiales…), prise en charge de jeunes malades ou inadaptés, participation aux groupes d’action catholique ou aux groupes de jeunes foyers (pour les routiers mariés), participation aux équipes missionnaires, etc.

- Service de technicien. Le Routier qui ne se sent pas fait pour le métier de chef ou l’apostolat mais qui a une spécialité de prédilection, peut la développer et la choisir comme forme de Service, soit auprès de ses frères Routiers, soit auprès des troupes Éclaireurs, soit encore auprès de tout groupement de jeunes.

Il peut ainsi devenir : meneur de jeu, montreur de marionnettes, maître d’éducation physique, maître nageur, moniteur de ski, de montagne, de navigation, de vol à voile, de spéléologie, instructeur de pionnierisme, secouriste diplômé, animateur de,jeunesse, etc.

Dans ce très large éventail de possibilités, tout Routier doit trouver sa place. A la différence de l’Entreprise, le Service est permanent, durable et, le plus souvent, individuel. Cependant, dans certains cas, il est l’œuvre de deux ou trois Routiers associés dans une action commune, ou même d’une équipe entière.

VI. Conclusions

Troisième et dernière période de la formation scoute, la Branche « Route » en est le couronnement.

Fortement insérée dans le présent, mais toujours tournée vers l’avenir, elle trace devant les jeunes gens une voie largement ouverte sur leur vie d’homme.

Grâce à la Route, le Scoutisme, qui sans elle serait tronqué, prend sa pleine dimension humaine et atteint son but : former des citoyens utiles et des chrétiens rayonnants.


Conclusion générale

Le Scoutisme doit sa valeur et son succès au fait qu’il a su proposer, à partir d’une synthèse harmonieuse de données naturelles et spirituelles, une pédagogie parfaitement adaptée à la nature profonde des garçons et jeunes gens.

Là où d’autres excellentes pédagogies se révèlent à l’usage vulnérables au temps, parce qu’elles se dessèchent ou se déforment, celle dont nous avons rappelé les bases fondamentales échappe au vieillissement : elle est en effet constamment renouvelée et vivifiée par l’esprit, l’esprit des garçons eux-mêmes, qui n’est autre qu’un permanent appel vers le haut.

Les tendances essentielles de l’adolescent de tous les temps et de tous les horizons sont marquées par ce besoin de l’altitude. Un appel mystérieux, une impatience active soulèvent le meilleur de lui-même vers un monde où les nourritures terrestres, non méprisées pourtant, ne suffisent pas à assouvir sa faim d’absolu.

Aussi bien le terme « éduquer » signifie-t-il conduira vers l’avant, vers le haut. C’est diriger l’enfant dans le sens de cet instinct placé en lui par la main de Dieu. C’est l’orienter vers le dépassement de soi, les qualités élevées franchise, dévouement, pureté.

Baden-Powell et les fondateurs catholiques français ont compris qu’une telle éducation, pour être vraie, libre, efficace et devenir cette montée fidèle à l’appel intérieur, doit être consentie par le garçon, prise en charge par lui-même. Ils ont donc placé le Jeu Scout, la vie des Patrouilles, le Camp, les Techniques, dans la lumière d’un esprit, l’esprit scout, qui éclaire et sublime la méthode. C’est un esprit de droiture, de générosité, de courtoisie souriante. C’est par-dessus tout un esprit d’honneur. Honneur du garçon qui s’engage, par la Promesse, à respecter les trois Principes, à être fidèle à la Loi Scoute « s’il plaît à Dieu, toujours », à prononcer la prière scoute.

On peut affirmer que le Scoutisme, dans sa pédagogie, dans son esprit, garde tout son attrait sur l’enfant, le garçon, le jeune homme, aux trois âges du merveilleux, de l’aventure, de la résolution, à condition d’être présenté et animé par des chefs ardents, convaincus et compétents.

Cependant il est à prendre en entier, dans l’ensemble de ses formules originales, sans omission ni modification de l’essentiel de ses principes, buts et méthodes, ni de l’esprit qui les anime, sous peine de n’être plus du Scoutisme.


  1. N.B. : Le Camp-Ecole de Gilwell-Park, fondé par Baden-Powell, a qualité pour décerner des brevets de « Deputy Camp Chefs » ou « Mestres de Camp délégués ». Ce brevet international, reconnu par toutes les Associations membres du Bureau Mondial du Scoutisme, donne le droit à ses titulaires de diriger des Camps-Ecoles nationaux. C’est à ce titre que les auteurs de cette brochure, accrédités par l’Association des Scouts de France, ont dirigé le Camp-Ecole national de Chamarande pendant de nombreuses années.
  2. Parfois un jeune homme appelé Louvetier, mais l’encadrement n’est jamais mixte.
  3. Mais il peut y avoir des camps de week-end pour les Sizeniers.
  4. Appelé aussi « Communauté Route ».
  5. Certains peuvent parfaitement revenir après leur service.
  6. Appelés aussi « Novices Routiers ».
  7. Appelés généralement « Compagnons Routiers ».


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